Un monde oublié

Pavel Hošek

Vu de loin, mais vraiment de tres loin, lorsque, par exemple, on contemple le monde sur un grand atlas en couleurs, Madagascar apparaît comme une île. Et pour beaucoup, elle reste en réalité une île. Certains le jureraient meme et vous crieraient peut-etre apres si vous leur souteniez le contraire. Tous les manuels de géographie présentent Madagascar comme une île. A l’instar de toute autre île, elle est encerclée d’un océan et sa taille correspond aux canons insulaires.

Cependant, bien plus qu’une île, Madagascar est un continent, une belle grande portion de terre. Les gens qui y vivent l’appellent « grande terre » — tanybe. Vue de pres en effet, elle apparaît réellement comme une véritable petite partie du monde, sur laquelle se trouve tout ce que doit comportait toute authentique partie du monde. De vastes plaines a l’ouest, d’humides et étouffantes forets tropicales a l’est, des vallons accueillants a l’herbe généreuse au coeur du pays, un paysage aride et cuisant au sud, avec des dunes de sable sur son avancée la plus australe, des forets mystérieuses de mangroves, des roches froides et humides sur les plus hauts sommets, bordés de forets épaisses et fraîches et enfin, toutes ces villes et bourgades grouillantes et animées, comme dernier exemple des formes infinies de vie communautaire.

Le continent Madagascar est une terre multiple de sensations, de formes et de couleurs variées a l’aspect toujours changeant. On y trouve des lieux secs et humides, d’autres chauds et br?lant sous la canicule mais aussi, des endroits aux matins froids et brumeux ; des régions surpeuplées et des étendues silencieuses ; des rochers thaumaturges se dressant sur des plaines infinies d’herbe vigoureuse ; des territoires sans vie qui alternent avec des recoins secoués par le désordre, le mouvement et la précipitation. Une telle grandeur, une telle variété ne peuvent naître d’une simple île. Et toute personne qui, de pres, a seulement entrevu Madagascar le perçoit ainsi.

Et puis, il y a tous ceux pour qui Madagascar représente le monde entier, en fait, pour l’écrasante majorité des etres qui y vivent. De par notre égocentrisme, nous n’en prenons habituellement pas conscience car nous parvenons rarement a nous considérer comme une simple petite partie, futile et minuscule, de tous les habitants de la Terre. Mais si nous réussissons a remettre l’homme a sa place, nous comprenons alors que pour presque tous ses habitants, Madagascar est le monde. Pour des dizaines et des centaines d’especes végétales et animales, c’est le seul lieu sur toute la Terre ou ils vivent et peuvent vivre. Pour beaucoup, c’est meme leur dernier refuge, l’unique endroit ou ils sortent encore victorieux dans leur combat pour la survie. C’est le sort par exemple des lémures ou des tenrecs. Madagascar demeure leur dernier « paradis sur terre ».

Pour d’autres habitants, c’est tout le contraire. Madagascar est leur lieu de naissance, depuis lequel ils sillonnent le monde. Les baobabs — reniala, reines de la foret, comme les appellent les Sakalaves — sont originaires de Madagascar. Ils ont expédiés leurs troupes dans le monde et se sont enracinés avec succes, en Afrique et en Australie, pour le moment.

Qu’il en soit ainsi ou non, l’important reste que Madagascar, leur monde, existe encore. Elle apporte l’espoir a tous les lémures, tenrecs, baobabs et aux milliers et milliers d’autres petites et grandes créatures, l’espoir de vivre.

Si nous ne réalisons pas enfin que nous autres humains, ne sommes qu’une minuscule partie, semblable a des centaines de milliers d’autres petites parties, nous anéantirons Madagascar ; si nous anéantissons toute cette richesse qu’elle porte, nous n’anéantissons pas seulement une île, une des nombreuses îles de notre monde, mais nous anéantissons tout un continent. Nous anéantissons tout un univers. Et nous anéantissons également l’espoir que cet univers a prodigué. Et qu’il prodigue encore.


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